Après un abus, un choc ou une violence, beaucoup de personnes se heurtent à une incompréhension profonde, parfois intérieure, parfois extérieure :
« Pourquoi je n’ai rien dit ? »
« Pourquoi je n’ai pas réagi ? »
« Pourquoi je n’arrive toujours pas à en parler ? »
Ces questions peuvent devenir lourdes, chargées de culpabilité ou de honte.
Et pourtant, il est essentiel de poser ces mots avec douceur :
le silence, dans de nombreuses situations traumatiques, n’est pas un échec.
Il est souvent une stratégie de survie.
Le silence comme réponse face à l’insupportable
Lorsqu’un événement dépasse les capacités d’adaptation du corps et du psychisme, celui-ci ne choisit pas consciemment comment réagir.
Il fait ce qu’il peut pour protéger la personne.
Dans certaines situations, ni la fuite, ni la lutte, ni la parole ne sont possibles.
Alors le système nerveux active d’autres mécanismes, plus silencieux, mais tout aussi puissants.
Le silence n’est alors pas un consentement.
Il n’est pas une indifférence.
Il est une réponse automatique à un danger perçu comme extrême.
Quand le cerveau se fige : la sidération
Face à un choc intense, le cerveau peut entrer dans un état de sidération.
C’est une réaction de survie où le corps se fige, comme s’il appuyait sur un bouton d’arrêt d’urgence.
Dans cet état :
- le corps peut devenir immobile
- les mots disparaissent
- les pensées se brouillent
- la voix semble inaccessible
Ce n’est pas un choix.
C’est une réponse neurobiologique archaïque, destinée à augmenter les chances de survie lorsque toute autre option est impossible.
Beaucoup de personnes décrivent cet état comme une impression de crier intérieurement… sans qu’aucun son ne sorte.
Se couper pour continuer à vivre : la dissociation
Parfois, le silence s’inscrit dans la durée.
Non pas parce que la personne oublie, mais parce que ressentir pleinement serait trop douloureux.
La dissociation est un mécanisme de protection qui permet de :
- mettre à distance les émotions
- se couper partiellement du corps
- continuer à fonctionner malgré le chaos intérieur
De l’extérieur, une personne dissociée peut sembler absente, distante, « forte » ou indifférente.
En réalité, elle mobilise une énergie immense pour tenir debout.
Chez les enfants notamment, cette dissociation est souvent mal interprétée, confondue avec de la sagesse, de la docilité ou de la maturité.
Quand les souvenirs n’ont pas de mots
Après un traumatisme, la mémoire ne se construit pas toujours comme un récit cohérent.
Au lieu d’une histoire avec un début, un milieu et une fin, le souvenir peut rester fragmenté :
- sensations corporelles
- images isolées
- émotions brutes
- réactions physiques sans explication apparente
Dans ces conditions, parler devient extrêmement difficile.
Non pas parce que la personne refuse, mais parce que le cerveau n’a pas pu organiser l’expérience en mots.
Le silence est alors lié à une incapacité, non à une volonté.
Le poids du regard extérieur
Le silence est souvent mal compris.
Il peut être interprété comme :
- un manque de crédibilité
- une contradiction
- une preuve de consentement
- ou un signe que « ce n’était pas si grave »
Ces interprétations ajoutent une souffrance supplémentaire à celle déjà vécue.
Elles renforcent la honte, la culpabilité et l’isolement.
Or, comprendre les mécanismes du silence permet de poser un regard plus juste et plus humain.
Parler n’est pas une obligation pour guérir
Contrairement à certaines idées répandues, la parole n’est pas toujours le point de départ de la réparation.
Et elle n’en est pas toujours la forme principale.
Pour certaines personnes :
- le corps parle avant les mots
- l’écriture précède la parole
- le silence partagé est plus sécurisant que le récit
- la parole n’émerge que bien plus tard
Forcer la parole peut être violent.
La parole devient réparatrice uniquement lorsqu’elle est choisie, contenue et accueillie sans jugement.
Honorer le silence, sans y rester enfermé
Reconnaître que le silence a été une stratégie de survie permet souvent un premier déplacement intérieur.
Non pas pour obliger à parler, mais pour :
- cesser de se juger
- redonner de la dignité à ce qui a permis de tenir
- comprendre que le corps a fait de son mieux
Lorsque la sécurité revient, lorsque le rythme est respecté, d’autres formes d’expression peuvent apparaître, naturellement.
Un mot pour terminer
Si le silence fait partie de ton histoire, sache ceci :
il a peut-être été ce qui t’a permis de survivre.
Il n’est ni une faute, ni une faiblesse.
Il est un langage du corps quand les mots étaient impossibles.
Et si un jour la parole vient, elle viendra parce que les conditions seront réunies.
Pas parce qu’il faut.
🌱 Conclusion
Si ces mots résonnent pour toi, je veux simplement te dire ceci : je suis là.
À travers des espaces déjà existants — j’offre une présence, une écoute et un accompagnement respectueux de ton rythme.
Il n’y a rien à forcer.
Seulement la possibilité d’avancer, pas à pas, dans un cadre bienveillant et sécurisant.




