Lorsqu’on parle de guérison, de transformation ou même de croissance post-traumatique, une idée revient souvent : aller de l’avant.
Mais après un traumatisme — et tout particulièrement après des violences sexuelles ou de l’inceste — avancer sans sécurité peut devenir une nouvelle forme de violence intérieure.
Avant de grandir, avant de transformer, avant même de comprendre en profondeur, il y a une étape souvent invisible mais essentielle : retrouver un minimum de sécurité intérieure.
La guérison ne commence pas par l’analyse, mais par l’apaisement
Après un traumatisme, le corps et le système nerveux restent souvent en état d’alerte.
Même lorsque le danger est passé, quelque chose à l’intérieur continue de surveiller, d’anticiper, de se protéger.
Dans cet état :
- les émotions peuvent être envahissantes
- la pensée se rigidifie ou s’emballe
- le corps reste tendu, épuisé
- la réflexion profonde devient difficile
Chercher à « comprendre » ou à « transformer » trop tôt peut alors renforcer la surcharge, au lieu de soulager.
La régulation n’est pas un luxe. Elle est une base.
Ce que l’on entend par “sécurité intérieure”
La sécurité intérieure ne signifie pas :
- aller bien tout le temps
- ne plus avoir de déclencheurs
- être apaisé en permanence
Elle correspond plutôt à la sensation — parfois très subtile — que :
- le danger n’est plus immédiat
- le corps peut relâcher un peu
- une émotion peut être ressentie sans tout envahir
C’est un état dans lequel le système nerveux commence à sortir du mode survie.
Pourquoi réguler avant de chercher à grandir
La croissance post-traumatique, lorsqu’elle émerge, demande de la disponibilité intérieure. Or, un système nerveux débordé ne peut pas intégrer, donner du sens ou transformer.
Sans régulation suffisante :
- les émotions prennent toute la place
- la honte et la culpabilité se renforcent
- les outils deviennent inefficaces ou épuisants
- le corps se referme au lieu de s’ouvrir
Réguler, c’est offrir au corps un message fondamental :
« Tu es en sécurité ici et maintenant. »
Réguler ne veut pas dire contrôler
Il est important de le préciser :
réguler ne signifie pas supprimer les émotions, ni les maîtriser à tout prix.
Réguler, c’est :
- permettre à une émotion d’exister sans submerger
- revenir dans le corps quand l’esprit s’emballe
- ralentir quand tout va trop vite
- respecter les limites du moment
C’est une posture de soin, pas de performance.
Des chemins simples pour soutenir la régulation
La régulation peut prendre des formes très simples, accessibles, et adaptées à chacun :
- la respiration consciente
- la cohérence cardiaque
- l’écoute des sensations corporelles
- le mouvement doux
- l’ancrage dans l’instant présent
Ces pratiques ne cherchent pas à « réparer » le trauma.
Elles aident le système nerveux à se sentir suffisamment en sécurité pour que le reste devienne possible.
Quand la sécurité revient, autre chose peut émerger
Avec le temps, et dans un cadre respectueux, la régulation permet :
- une meilleure tolérance aux émotions
- un recul face aux déclencheurs
- une relation plus douce à soi
- parfois, l’émergence de nouvelles compréhensions
Ce n’est pas quelque chose à provoquer. C’est quelque chose qui émerge, lorsque le terrain est prêt.
Avancer sans se faire violence
Il n’y a pas de hiérarchie dans le chemin de guérison.
Réguler n’est pas une étape « inférieure » à la compréhension ou à la croissance.
C’est souvent l’acte le plus profond que l’on puisse poser après un traumatisme :
prendre soin de son système nerveux, encore et encore, jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin de crier pour être entendu.
Un mot pour terminer
Si aujourd’hui ton énergie va d’abord à apaiser, à ralentir, à te sécuriser, alors tu es exactement au bon endroit.
La croissance n’est pas un objectif.
Elle est parfois une conséquence naturelle de la sécurité retrouvée.
Et cela, toujours, à ton rythme.
Présence et accompagnement
Si ces mots résonnent pour toi, je veux simplement te dire ceci : je suis là.
À travers des espaces déjà existants — et d’autres à venir — j’offre une présence, une écoute et un accompagnement respectueux de ton rythme.
Il n’y a rien à forcer.
Juste la possibilité d’avancer, pas à pas, dans un cadre bienveillant et sécurisant.


